Rien de mieux qu'un socialiste pour comprendre les socialistes...

quelques extraits d'un texte écrit en 1937 !

 

 

 

George orwell truth quotes

 

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La première chose qui doit frapper un observateur du dehors c'est que le socialisme sous sa forme développée est une théorie entièrement limitée à la classe moyenne. Le socialiste type n'est pas, comme l'imaginent les vieilles dames toutes tremblantes, un ouvrier à la mine féroce et à la voix rauque enveloppé d'une salopette graisseuse. Ce peut être un jeune bolchevik de salon qui aura sans doute fait avant cinq ans un riche mariage et se sera converti à la religion catholique romaine. Ou, de manière encore plus caractéristique, un petit homme guindé occupant un emploi à col blanc, en général un total abstinent ayant bien souvent des penchants végétariens, un passé de protestantisme non-conformiste derrière lui et surtout une position sociale qu'il n'a nullement l'intention de perdre. Ce type est étonnamment répandu dans les partis socialistes de toutes nuances; c'est peut-être même un type sorti tout armé de l'ancien parti libéral. A cela il convient d'ajouter l'éprouvante -- et proprement inquiétante -- densité de maniaques en tous genres que l'on rencontre partout où des socialistes se trouvent rassemblés. On a parfois l'impression que les simples mots de « socialisme » ou « communisme » ont en eux une vertu magnétique qui attire irrésistiblement tous les buveurs de jus de fruit, nudistes, porteurs de sandales, obsédés sexuels, Quakers, adeptes de la « vie saine », pacifistes et féministes que compte l'Angleterre.

(..)

Et il semble bien que les socialistes eux-mêmes partagent jusqu'à un certain point cette manière de voir. J'ai ici un prospectus d'une autre école d'été qui indique ses tarifs à la semaine puis me demande de préciser « si je pratique un régime normal ou végétarien ». Vous le voyez, ils jugent donc qu'il est nécessaire de poser de telles questions. Ce genre de chose suffit à lui seul à faire fuir quantité de personnes convenables. Et dans ce cas, leur instinct ne les trompe pas, car l'obsédé des régimes alimentaires est par définition quelqu'un qui veut se couper de la société humaine, dans l'espoir de prolonger de cinq années l'existence de sa pitoyable carcasse.

>>  le quai de wigan, p196 -197

 

Ce doit être pour cela que les socialiste soutiennent tant les écolos:

cela les soulage du poids des plus frappadingues...

 

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  Mais en est-il bien ainsi ? Il m'arrive de considérer un socialiste -- la variété intellectuelle, celle qui rédige des tracts, avec son gros chandail, sa tignasse ébouriffée et son répertoire de citations de Marx -- et de me demander quel peut être le motif qui le pousse à agir. Il est bien souvent difficile de croire que ce soit l'amour des hommes, et surtout l'amour de cette classe ouvrière dont il est plus éloigné que quiconque. Le motif secret de bon nombre de socialistes, c'est tout simplement, je crois, un sens de l'ordre hypertrophié. L'état actuel des choses les heurte non point parce qu'il est cause de misère, encore moins parce qu'il rend la liberté impossible, mais en raison de son aspect brouillon. Ce que veulent au fond d'euxmêmes ces socialistes, c'est faire du monde quelque chose qui ressemblerait à un échiquier. 
>>  le quai de wigan, p202

 

Bref: voir des gens libres, çà leur donne de l'urticaire ...

  

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   il n'a pour les ouvriers que mépris et dégoût. La misère et, ce qui est pire, les dispositions de pensée créées par la misère, sont des choses qu'il faut abolir d'en haut, par la violence au besoin, et même de préférence par la violence.
>>  le quai de wigan, p202

 

et çà pour habiller les antifas pour l'hiver ...

 

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  La vérité, c'est que pour beaucoup de ceux qui se réclament du socialisme, la révolution n'est pas un mouvement des masses auquel ils espèrent s'associer, mais un ensemble de réformes que nous, les gens intelligents, allons imposer aux basses classes. D'un autre côté, ce serait une erreur que de regarder le socialiste ayant fait son apprentissage dans les livres comme un être privé de tout sang dans les reines et complètement inaccessible à l'~motion. S'il se laisse rarement aller à témoigner son affection aux opprimés, il est parfaitement capable de faire preuve de haine -- une sorte de haine étrange, théorique, in vacuo -- à l'égard des oppresseurs. D'où ce grand sport qui fait fureur chez les socialistes et qui consiste à dénoncer la bourgeoisie. Il est étrange de constater avec quelle facilité un écrivain socialiste peut déchaîner sa rage contre une classe à laquelle il appartient, qu'il le veuille ou non, par la naissance ou par l'adoption.  
 >>   le quai de wigan, p203

 

bon résumé: les choses n'ont pas tant changées, n'est-ce pas ?

 

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  Le fait est que le socialisme, tel qu'il se présente actuellement, attire principalement les esprits médiocres, voire inhumains. Vous avez d'un côté le socialiste au grand cœur et à la tête vide, le typique ouvrier socialiste qui veut simplement supprimer la misère sans toujours être bien conscient de tout ce que cela implique, et de l'autre l'intellectuel socialiste nourri de livres qui comprend que notre civilisation actuelle est bonne à jeter à l'égout, et qui est résolu à le faire. Mais ce second type se recrute exclusivement dans la classe moyenne, et même dans la partie citadine et déracinée de cette classe. Chose encore plus déplorable, il attire tout particulièrement -- à tel point qu'un observateur du dehors pourrait croire que ce sont eux qui fournissent la totalité de l'effectif -- les spécimens d'humanité que j'ai évoqués: bouillants pourfendeurs de la bourgeoisie et réformateurs du type davantage-d'eau-dans-votre-bière dont Shaw est le prototype, jeunes gens avisés du monde des lettres qui sont aujourd'hui communistes comme ils seront fascistes dans cinq ans parce que cela sert leurs intérêts; sans oublier la sinistre cohorte des femmes à l'esprit élevé, des porteurs de sandales et des barbus buveurs de jus de fruit attirés par l'odeur du « progrès » comme des mouches vertes sur un chat crevé. L'individu normal et convenable qui se sent en affivité avec les buts essentiels du socialisme a l'impression qu'il n'y a pas de place pour lui dans aucun parti socialiste sérieux. Et ce qui est pire, il est conduit à conclure cyviquement que le socialisme est une malédiction qui s'abattra un jour sur nous mais qu'il vaut mieux, en attendant, tenter de conjurer de son mieux. Bien sûr, comme je l'ai déjà signalé, il est injuste de juger un mouvement à ses adhérents. 
>>  le quai de wigan, p205-206

 

c'est peut-être injuste, mais maintenant que ces adhérents sont aux manettes.... 

les doutes se confirment...

 

 

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